Avec 15 sur 15, le KAA Gent connaît son meilleur début de saison depuis 25 ans. Ce n’est que la deuxième fois en 75 ans que le club remporte ses cinq premiers matchs de championnat. La dernière fois, c’était lors de la saison 2001-02, et l’équipe avait alors terminé à la quatrième place. Au cours des 10 dernières années, La Gantoise n’est que la quatrième équipe à afficher un départ parfait : le Club Brugge (2017-18) et l’Antwerp (2022-23) avaient ensuite été sacrés champions, alors que Charleroi l’a fait à la fois en 2017-18 et en 2020-21 et a finalement terminé respectivement à la sixième place après les play-offs et à la treizième place. Un départ en fanfare n’est donc pas la garantie d’une bonne saison. Il s’agit toutefois d’une raison suffisante pour examiner de près les chiffres qui se cachent derrière la réussite gantoise.
Moins de possession de balle, plus de buts
En ne regardant que les résultats, on pourrait penser que l’équipe de Rik De Mil domine tout le monde. Rien n’est moins vrai. Les Buffalos tirent moins souvent au but cette saison que l’année dernière et les occasions qu’ils se créent sont en moyenne un peu moins nombreuses. Et pourtant : dix buts en cinq matchs, contre six la saison dernière. Comment est-ce possible ? C’est simple : les Gantois sont tout simplement plus efficaces. Le style de jeu a également évolué. L’équipe a moins le ballon, construit ses actions plus lentement et avec plus de patience, en privilégiant les passes courtes plutôt que de jouer immédiatement vers l’avant. Cela a même donné lieu à quelque chose d’unique lors de la dernière journée. Contre OH Leuven, le KAA Gent l’a emporté avec à peine un tir au but. Moins spectaculaire, donc, mais nettement plus efficace.
Un mur derrière
La grande différence se trouve derrière. La saison dernière, les Buffalos avaient déjà encaissé huit buts après cinq journées. Cette saison, le compteur reste bloqué à deux. Si l’on additionne toutes les compétitions, le KAA Gent n’a encaissé que cinq buts après onze matchs, contre dix-sept à la même période l’année dernière. Faites le calcul : cela représente désormais moins d’un but encaissé tous les deux matchs, contre près d’un but et demi par match la saison dernière avant l’arrivée de Christian Burgess. Les centres de leurs adversaires peinent à trouver leur point de chute. Fait intéressant : avec le Club Brugge et l’Union SG, le KAA Gent est l’une des trois seules équipes à n’avoir encore encaissé aucun but sur corner ou coup franc cette saison.
Christian Burgess : moins de duels, plus de stabilité
C’est là que ça devient vraiment intéressant. On pourrait s’attendre à ce que cette révolution défensive soit principalement attribuée à Christian Burgess, la nouvelle recrue saluée de toutes parts. Mais si l’on examine ses statistiques personnelles, il ne joue en réalité pas mieux que la saison dernière à l’Union. Il remporte moins de duels et dispute moins de ballons de la tête. L’explication de la défense de fer gantoise ne réside donc pas dans un seul joueur en particulier, mais dans l’ensemble du système qui l’entoure. Chacun des trois défenseurs y a trouvé son propre rôle. El Bachir Ngom est celui qui remporte les duels : il réussit près de 7 tacles sur 10. Siebe Van der Heyden est le joueur le plus impliqué dans la construction du jeu. Quant à Burgess, il allie la précision de passe la plus élevée des trois à, de loin, la plus grande part de possession de balle vers l’avant.
Un programme lourd avec peu de rotations
Parmi tous les clubs des dix plus grands championnats européens, seuls les clubs tchèques de Jablonec et de Hradec Králové ont déjà disputé plus de matchs que le KAA Gent cette saison, une conséquence directe de la combinaison du championnat et des tours préliminaires de la Conference League. On pourrait s'attendre à ce que le coach Rik De Mil commence à faire tourner son effectif, mais cela n’est pas le cas. Davy Roef, Tiago Araújo, Siebe Van der Heyden et El Bachir Ngom sont les quatre seuls joueurs de toute la Jupiler Pro League à avoir déjà franchi la barre des 1000 minutes de jeu cette saison. Cela rapporte d’ailleurs des points en Fantasy Pro League : avec 48 points, Araújo est le joueur qui a rapporté le plus de points dans le jeu.
Cela va-t-il durer ?
Après toutes ces belles performances, un petit avertissement s’impose. Si l’on examine la qualité réelle du jeu des équipes, indépendamment de la chance ou de la malchance devant le but, les Gantois tirent cette saison un peu plus de leurs matchs que ces chiffres ne le laissent supposer, plus encore que n’importe quelle autre équipe du championnat. Cela ne signifie pas que le KAA Gent joue au-dessus de son niveau, mais bien que maintenir ce tempo constituera un défi de taille.